Chapeau bas, l'artiste...

Oui, cela vous surprendra peut-être car j'en parle déjà en page d'accueil, mais j'ai choisi de consacrer un billet à Nicolas Hayek. Qu'on l'aime ou qu'on le déteste, cet homme était un génie... un doux rêveur aussi. Pourquoi un tel titre à ce billet, me direz-vous? Car l'homme disait lui-même "qu'être entrepreneur, c'est être artiste". Et c'était un sacré entrepreneur! Je ne reviendrai sur sa réussite dans l'horlogerie, même si, de temps à autre, l'homme avait tendance à être un peu mégalo.

  

Mais il avait, quoiqu'on en pense, du génie. Lui qui, selon Michel Freyssinet, directeur de recherche au CNRS, "rêvait de la Smart électrique" était à deux doigts de voir son souhait se réaliser. Alors j'entends de suite les passionnés automobiles crier au scandale : "l'électrique, ca n'est pas l'avenir de l'automobile!". Et ils n'ont pas tort. Car l'automobile du futur se doit de prendre un "s". Et oui, non pas que ma petite formation au véhicule électrique dans le cadre de la préparation du lancement de la Nissan Leaf m'ait fait changé d'avis sur le sujet de l'automobile connectée (au contraire, elle m'a conforté dans mon avis).  Car j'ai toujours pensé, et je pense encore, que l'électrique, c'est l'avenir... du déplacement urbain! Non, les ruraux ne pourront jamais (ou pas avant longtemps) n'avoir que pour seule voiture une auto électrique. Non plus la famille qui part tous les week-end en Bretagne. Mais pour les déplacements quotidiens urbains, pour peu qu'on s'en donne les moyens, l'électrique est vraiment LA solution.

Et c'est justement ce que pensait Hayek. Il n'a jamais souhaité la mort de l'automobile dans sa forme actuelle. Il voulait juste que les énergies fossiles soient concentrées pour ceux qui en ont vraiment le besoin, et que les collectivités, les transports en commun, les flottes d'entreprises (petites distances) ou les urbains adoptent un moyen conçu pour eux. Une petite voiture deux places, moderne, offrant un bon niveau de sécurité, économique, maniable : la Swatchmobile.

Il approche donc dès 1991 le groupe VW. Mais, soucis d'égo obligent (il avait un fort caractère... Ferdinand Piech aussi!), les deux groupes ne tombent pas d'accord et le projet avorte.

1993 : Toujours son concept sous le bras "une voiture édulcorée et accessible à l'image des montres Swatch", il tape chez Renault. Mais le Losange s'apprête à sortir sa Twingo, qui correspond d'ailleurs plutôt bien à ce cahier des charges. Le constructeur français décline donc à son tour.

Finalement, c'est Mercedes qui accepte le projet. La société Micro Compact Car voit le jour, et la SMART, pour Swatch Mercedes ART s'apprête, dès 1998, à sortir des chaines de l'usine d'Hambach. Entre-temps, Hayek a dû faire un grand nombre de concessions. On a gardé les deux places, le côté économique en carburant (quoique pas assez encore) et les quelques atouts fun. Mais Mercedes ne veut pas faire du véhicule un produit accessible à tous. Surtout, les coûts de R&D ont été bien plus élevés que le "créateur" ne le pensait. Pas question donc de brader la citadine! Hayek a beau posséder 49% des parts de MCC, il n'a pas les moyens et la technologie de son ambition. Il cède donc. Fini le véhicule électrique ou hybride, ca sera de l'essence. Enfin, Mercedes sait que l'étoile sera présentée à la presse comme une valeur sûre. La sécurité se doit donc d'être irréprochable, de même que l'image. Le prix "accessible" est donc bel et bien définitivement enterré.

 

La touche Hayek dans la Smart? Sa forme générale, ses couleurs acidulées, mais aussi... son outil de production. Hayek, de par ses montres, est un spécialiste de la production modulaire :  des alliances avec des partenaires de systèmes intégrés, dans des unités indépendantes. Aujourd'hui encore, l'adaptabilité de la production de la Smart fait référence. D'ailleurs, rares sont les entreprises dans lesquelles la région, la Moselle,  et les collectivités locales sont autant intégrées. Hayek imaginait encore que de ce fait, les employés se sentiraient plus concernés par le produit. Surtout, pour le développement du véhicule électrique, c'était un moyen d'accroître les infrastructures. L'homme était visionnaire, car c'est un peu ce qui est en train de se passer...

 

Hayek se retire de l'aventure Smart en novembre 1998 alors que la Smart vient d'être lancée. Le "CityCoupé" ne correspond pas à ses attentes. Surtout, Mercedes veut développer une 4 places, un coupé, un roadster et même un SUV. Des projets auxquels il était fortement opposé. Les résultats commerciaux de ces modèles, la non-naissance du SUV et aujourd'hui l'alliance de Daimler avec Renault pour développer une future Smart accessible et... électrique prouve une nouvelle fois que l'avenir lui donne raison!

 

Alors, après l'échec de la Smart façon Hayek, rangé des voitures ce cher Nicolas? Du tout. Il avait créé en 2007 l’entreprise Belenos Clean Power, destinée au développement des piles à hydrogène pour les voitures écologiques. « La société vise à trouver un moyen de produire de l’hydrogène à partir de l’énergie solaire en améliorant les performances des piles à combustible », expliquait l’industriel en mai 2008.

Classé parmi les 250 premiers milliardaires du monde, il était encore président du groupe Swatch, son fils en étant le directeur général...

L'avis du marketeur :

Sale caractère, mégalomanie,... les mots ne manquent pas pour décrire les défauts du bonhomme. Toutefois, ca serait trop vite oublier que c'était un formidable concepteur! Son idée de la Smart est sûrement arrivée trop tôt, sans qu'il ait les moyens (ou qu'il ne se soit donné ces moyens) d'aller jusqu'au bout de son idée. En même temps, si l'on pense au bide des 106 et autres Saxo électriques de l'époque, il est logique que Mercedes ait relativisé sa vision des choses... Il n'empêche que même l'actuelle Smart porte son empreinte : petite, maniable, économique et plus écologique que les autres, pas si chère que ça... elle est presque à l'équilibre financier. De même, les fameux "Smart Center, tours visant à faire gagner de l'espace en milieu urbain ont survécu (un peu), et la com' décalée, très inspirée de ce qui se faisait chez Swatch perdure encore dans l'esprit de la marque. Marque pour qui l'avenir devrait être plus radieux avec l'électrique et l'écologie qui arrivent. Hayek, un visionnaire, à coup sûr...

 

Sources et Iconographie : Smart, Swatch, Usine Nouvelle, swissinfo, tsr, AM.

Commentaires (2)

1. TTHbt 07/07/2010

Certes, msr Swatch a sauvé l'industrie horlogère suisse, n'empêche que pour le moment, son aventure auto est un fiasco. Et Mercedes peine vraiment à faire quelquechose de Smart. Pourtant, il y a du potentiel, mais les choix faits sont toujours un peu beaucoup surprenants. Mais bon, comme vous dites, salut l'artiste!

2. Vanessa 14/06/2015

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